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Archive for juin 2009

Le lundi 15 juin 2009 Ségolène Royal vous invite à l’Université populaire participative de 18h30 à 21h30 à la Mairie du 4è arrondissement de Paris 2 place Baudoyer, M° Saint-Paul ou Hôtel de Ville

Quel nouveau modèle de développement économique et social pour l’après-crise ?

sous la présidence de Philippe Aghion, Professeur d’Economie à l’Université Harvard et à l’Ecole d’Economie de Paris, Médaille d’argent du CNRS

Avec :
Jacques Attali, économiste, écrivain
Yann Algan, Lauréat du Prix du jeune économiste 2009
Jean-Paul Fitoussi, Président de l’OFCE
Edouard Martin, syndicaliste CFDT, délégué syndical d’Arcelor Mittal à Gandrange

Programme de la soirée :

Ouverture par Ségolène Royal
Interventions de Philippe Aghion, Yann Algan, Jacques Attali, Jean-Paul Fitoussi, Edouard Martin
Introduction par Aurélie Filippetti et conclusion par Jean-Louis Bianco
Clips vidéos de chefs d’entreprises

La crise économique et sociale qui secoue le monde nous interpelle sur les fondements mêmes de l’économie de marché. Comment en est-on arrivé là ? Les réponses apportées à la crise, au niveau international, en Europe et en France sont-elles à la hauteur du séisme qu’elle a provoqué ? Quel point d’appui donner aux salariés pour rebondir ? Comment changer nos politiques et nos institutions pour assurer une croissance harmonieuse, juste, et durable ? Quel nouveau modèle économique, social, et politique apparait le plus prometteur a la lumière de la crise ? Voici les questions à laquelle répondront nos prestigieux invités.

Biographie des intervenants :

Philippe Aghion
Docteur d’économie à Harvard, Philippe Aghion a enseigné au Massachusetts Institute of Technology (MIT), à Oxford, et est aujourd’hui professeur d’économie à Harvard et à l’École d’Économie de Paris. Auteur de L’économie de la croissance, avec Peter Howitt (MIT Press, 2009), Les leviers de la croissance française, avec Elie Cohen, Gilbert Cette, et Jean Pisani-Ferry (La documentation française, 2007), Handbook of Economic Growth (Elsevier, 2005)…

Yann Algan
Docteur et agrégé en économie, Y. Algan est professeur d’économie à l’Institut d’Etudes Politiques de Paris et chercheur associé au Centre de Recherche en Economie de Sciences-Po. Spécialisé en macroéconomie, Y. Algan travaille notamment sur les problématiques de l’emploi, des inégalités sociales et de la confiance comme condition de réalisation de réformes justes et efficaces. Il a reçu le Prix du jeune économiste 2009.

Jacques Attali
Ancien conseiller spécial du président de la République, François Mitterrand. Président-fondateur de PlaNet Finance, une association à but non lucratif spécialisée sur la microfinance. Auteur de nombreux ouvrages dont La crise, et après ? (Fayard, 2008), L’avenir du travail (Fayard, 2007), Une brève histoire de l’avenir (Fayard, 2006)…

Jean-Paul Fitoussi
Professeur des Universités à l’Institut d’études politiques de Paris, il est président de l’Observatoire français des conjonctures économiques (OFCE) depuis 1989, et Président du Conseil Scientifique de l’Institut d’Etudes Politiques de Paris. Il est membre du Conseil d’analyse économique. Ses principales contributions ont porté sur les théories de l’inflation, du chômage, des économies ouvertes, et sur le rôle des politiques macroéconomiques. Il est coordonnateur de la Commission sur la Mesure de la Performance Économique et du Progrès Social créée en 2008 et présidée par l’économiste et prix nobel américain Joseph Stiglitz.

Edouard Martin
Délégué CFDT au comité européen du groupe ArcelorMittal, il a défendu dans le cadre des négociations avec le patronat du groupe MITTAL les intérêts des salariés de l’usine de Gandrange.

Lundi 15 juin 2009 de 18h30 à 21h30 à la Mairie du 4è arrondissement de Paris 2 place Baudoyer – M° Saint-Paul ou Hôtel de Ville

 

juin 8, 2009

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Foin des précautions conceptuels des leaders du PS qui ne veulent pas s’aliéner l’électorat noniste (avec le succès que l’on voit, celui-ci étant donné à 20 % d’intentions de vote) : Ségolène Royal a proclamé, mercredi 27 mai, lors d’un mééting à Rezé, que “le moment est venu de créer les Etats-Unis d’Europe“. La candidate socialiste à l’élection présidentielle de 2007 renoue ainsi avec éclats avec le fédéralisme des pères fondateurs dont elle se veut l’héritière.

Dans un vrai discours de combat, elle invite le Parlement européen à se transformer en constituante : « n’écoutez pas ceux vous dirons que ce n’est pas votre mandat : les délégués des États généraux n’avaient pas non plus reçu mandat de déclarer les Droits de l’Homme, pourtant ils l’ont fait. N’hésitez pas, députés socialistes, à faire entre l’Europe dans l’histoire. Appelez les parlements nationaux en renfort (…), appelez les peuples en soutien ». « Nous voulons plus d’Europe, nous voulons une Europe de plus », a-t-elle martelé :« vous devez faire l’Europe unie, l’Europe unie des peuples d’Europe ».

Un discours courageux qui rompt avec le ronron de la campagne, mais dont aucun média (hormis Bernard Guetta dans sa chronique sur France Inter vendredi matin) n’a pourtant parlé. Presse écrite, télévision, radio se sont contentées de commenter la mise en scène de la réconciliation entre « Ségolène et Martine » destinée à sauver le soldat socialiste en perdition, décrivant même parfois les tenues des deux adversaires provisoirement amies. Je n’ai découvert ce discours que tardivement parce qu’un journaliste de mes amis a attiré mon attention sur la véritable révolution qu’il constituait. Devant un tel black out médiatique, comment s’étonner que l’abstention sera sans doute le grand vainqueur d’un rendez-vous pourtant fondamental pour l’avenir ? Le discours de Royal avait pour but de lancer un vrai débat sur le projet européen : faut-il revenir à l’État nation, s’en tenir à l’existant ou accélérer le mouvement, face aux crises qui ravagent le monde ? Manifestement, personne n’a envie d’un tel débat, que ce soit du côté des politiques ou des journalistes. Le citoyen n’est pas censé s’intéresser au fond.

Meeting de Rezé : discours de Ségolène Royal

 

publié le juin 3, 2009

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RELATIONS AFRIQUE – EUROPE

Débat organisé dans le cadre des UPPC lundi 18 mai au théâtre Dejazet.

La vedette de cette soirée d’échanges de références historiques, sociales politiques, n’était pas (seulement !) Ségolène Royal, ni même les grands témoins qu’elle avait su mobiliser avec un choix si judicieux, mais bien l’ensemble des  participants qui a pu dialoguer  et intervenir dans l’écoute attentive de tous, la parole libérée.

Beaucoup de simplicité, de respect dans ces interventions ; les postures idéologiques ou les problématiques concrètes ont été mises à jour au-delà des contradictions secondaires dans un langage universel : celui de la pédagogie attentive, du débat passionné mais amical, de la contradiction argumentée des convictions de chacun.

Nombre de ces sujets sensibles tels que l’esclavage, la colonisation, les conflits ethniques, le rôle des Etats, furent abordés sans tabous, sans détours ;  la réflexion de tous a pu progresser à la lumière des exposés des grands témoins réunis.

De l’échange sur les formes de coopérations bilatérales, se sont dégagées des propositions concrètes de fonctionnement, d’ajustement entre les nations et de concertation pour une meilleure réappropriation des projets et leur pérennisation.

On ne peut que plébisciter ces rencontres ouvertes, denses, conviviales, loin des étapes contre la montre où le journaliste abrupt (grossier) interrompt son malheureux invité pour des raisons de temps ou d’audience. Là, écoute et tolérance, même lorsque parfois l’intervention débordait de son sujet.

Beaucoup d’entre nous garderons ce moment privilégié, suspendu aux lèvres de la Fraternité.

 

Joëlle Féral DA Paris 15ème

mai 20, 2009

 

Biographie des intervenants

Elikia M’Bokolo

Né en 1944 à Kinshasa, ancien élève de l’Ecole Normale Supérieure, agrégé d’histoire, directeur d’études à l’EHESS, il est en France l’un des spécialistes les plus reconnus de l’histoire de l’Afrique. Il a également participé à la rédaction duPetit précis de remise à niveau sur l’histoire africaine à l’usage du président Sarkozy (La Découverte) dirigé par Adame Ba Konaré.

vidéo de Elikia M’Bokolo

Stéphane Hessel

Né à Berlin en 1917, résistant français, diplomate et ambassadeur, Stéphane Hessel a été l’un des rédacteurs de la Déclaration Universelle des Droits de l’Homme. Il a notamment écrit Ô ma mémoire – La poésie, ma nécessité (Seuil, 2006) et Danse avec le siècle (Seuil, 

vidéo de Stéphane Hessel

Daniel Maximin

Né en 1947 à Saint-Claude (Guadeloupe), Daniel Maximin est romancier, poète et essayiste. Directeur littéraire aux éditions Présence Africaine de 1980 à 1989, nommé Chevalier de la Légion d’honneur en 1993, Chevalier des Arts et Lettres en 1995, il a organisé la célébration nationale du 150e anniversaire de l’abolition de l’esclavage. Il a été le maître de cérémonie de l’hommage à Aimé Césaire lors de ses obsèques le 20 avril 2008 à Fort-de-France.

Souleymane Bachir Diagne

Né en 1955 à Saint-Louis (Sénégal), ancien élève de l’Ecole Normale Supérieure, agrégé de philosophie, Souleymane Bachir Diagne est professeur de philosophie à l’université Columbia (New York). Comme philosophe, il s’est spécialisé dans l’étude de la logique et des mathématiques, de l’épistémologie, et des traditions philosophiques de l’Afrique et de l’Islam. Désigné par le Nouvel Observateur comme l’un des 25 plus grands penseurs du 21e siècle, il a participé à la rédaction de L’Afrique répond à Sarkozy (éd. Philippe Rey) dirigé par Makhily Gassama.

Achille Mbembé

Né au Cameroun en 1957, docteur en histoire à la Sorbonne en 1989, secrétaire exécutif du Conseil pour le développement de la recherche en sciences sociales en Afrique (Codesria) Achille Mbembé est aujourd’hui professeur d’histoire de l’Afrique, de politique africaine et de sciences sociales à l’Université du Witwatersrand de Johannesburg. Il est l’un des créateurs du concept de « postcolonialisme ».

Jean-François Bayart

Né en 1950, Jean-François Bayart est docteur d’Etat en sciences politiques et directeur de recherche au CNRS, spécialiste de politique comparée, en particulier de l’Afrique. Membre du conseil scientifique de African Affairs, co-fondateur de la revue Politique africaine, consultant permanent au Centre d’analyse et de prévision du ministère des Affaires étrangères, enseignant à l’Institut d’Etudes Politiques de Paris, Jean-François Bayart a également dirigé le Centre d’études et de recherches internationales (CERI) de 1994 à 2000. Il est l’auteur de plusieurs ouvrages sur les sociétés politiques d’Afrique et du Moyen-Orient : L’Etat en Afrique (Fayard, 1989), L’Illusion identitaire (Fayard, 1996) etLe Gouvernement du monde. Une critique politique de la mondialisation(Fayard, 2004).

Alice Cherki

Née à Alger dans une famille juive, Alice Cherki a travaillé avec Frantz Fanon en Algérie, puis en Tunisie et participé activement à la lutte pour l’indépendance de l’Algérie. Psychiatre et psychanalyste, elle est notamment coauteur de deux ouvrages, Retour à Lacan ? (Fayard, 1981) et Les juifs d’Algérie (Editions du Scribe, 1987). Elle a publié plusieurs articles portant sur les enjeux psychiques des silences de l’Histoire. En 2000, elle a publié Frantz Fanon, Portrait (Seuil).

Catherine Coquery-Vidrovitch

Ancienne élève de l’Ecole Normale Supérieure, agrégé de l’université (1959), docteur 3e cycle (1966), docteur ès-lettres (1970), professeur émérite à l’Université Paris-VII-Denis-Diderot, Catherine Coquery-Vidrovitch est spécialiste de l’histoire de l’Afrique, notamment de l’histoire du concept d’impérialisme, de l’histoire du capitalisme en Afrique et de l’histoire des villes africaines. Elle a publié une vingtaine d’études comparées sur les pays du tiers-monde. Elle a également participé à la rédaction du Petit précis de remise à niveau sur l’histoire africaine à l’usage du président Sarkozy (La Découverte) dirigé par Adame Ba Konaré.

vidéo de Catherine Coquery-Vidrovitch

Lazare Ki-Zerbo

Né en 1965 à Ouagadougou, Burkina Faso, docteur en philosophie, Lazare Ki-Zerbo a enseigné à l’Université de Ouagadougou de 1995 à 1999. Chargé de mission à la Francophonie, membre du Mouvement des intellectuels du Burkina Faso, membre du Centre d’Etudes pour le Développement Africain (CEDA), il a également fondé le Comité International Joseph Ki-Zerbo. Ses centres d’intérêt et publications portent sur le panafricanisme, le fédéralisme et les relations entre mémoire et nouvelles technologies. Lazare Ki-Zerbo est le fils de l’historien et politique burkinabè Joseph Ki-Zerbo. 

Pierre Boilley

Professeur d’histoire de l’Afrique contemporaine à l’Université Paris-I Panthéon-Sorbonne, directeur du laboratoire CEMAf (Centre d’études des mondes africains, CNRS/Paris1/EPHE/U-Provence), Pierre Boilley a effectué de nombreux séjours en Afrique et au Sahara depuis 1979. Il a Co-publié avec E. Bernus, J. Clauzel et J.-L. Triaud, un ouvrage intitulé Nomades et Commandants(Karthala, 1993). En janvier 2008, à Bamako, avec d’autres intellectuels africains et européens, Pierre Boilley participe à la création d’un « comité scientifique de mémoire Afrique », en réaction au discours prononcé à Dakar en juillet 2007 par Nicolas Sarkozy. Il a également participé à la rédaction du Petit précis de remise à niveau sur l’histoire africaine à l’usage du président Sarkozy(La Découverte) dirigé par Adame Ba Konaré.

 

vidéo de Ségolène Royal

vidéo de Jean-Pierre Mignard

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A l’invitation de Ségolène Royal et de Dominique Bertinotti, Maire du 4e, la première Université participative de la connaissance s’est tenue le 29 avril à la Mairie du 4e sur le thème de la Fraternité. Une séance de travail et de débats de 4h30, particulièrement passionnante, intellectuellement riche et, au final, pleine d’espoir, qui a réuni quelque 350 personnes dans la Salle des fêtes de la Mairie.

Présentés par Ségolène Royal, les différents intervenants ont abordé, au cours de deux tables rondes, la question de la fraternité sous des angles très divers : l’histoire, la philosophie, le syndicalisme, la politique de terrain, le mouvement mutualiste, la décolonisation, la franc maçonnerie, le conflit israélo-palestinien, l’indépendance de l’Afrique. A travers ces différentes approches, ces différentes facettes, les intervenants comme le public se sont efforcés de donner tout son sens et son actualité au mot Fraternité, ce mot qu’on a toujours plus de peine à définir que les deux autres termes de notre devise nationale.

1ère table ronde

Le premier à prendre ensuite la parole a été Régis Debray, auteur de « Le moment Fraternité » qui, avec Ségolène Royal, avait souhaité ce débat afin de poursuivre par une réflexion commune le brillant discours qu’il avait prononcé sur ce thème lors de l’A.G. de Désirs d’Avenir au Théâtre Dejazet. Régis Debray a rappelé que ce mot de « Fraternité » n’a été inclus dans la devise républicaine qu’en 1848 lorsqu’a eu lieu la première Fête de la Fraternité. Etroitement liée à l’héritage républicain et révolutionnaire français, mais “petite cousine oubliée” selon le mot de Régis Debray, la fraternité est-elle d’actualité ou à contretemps ? D’où vient-elle et pour nous emmener où ? La fraternité, c’est un regroupement sur des critères symboliques, qui prend à rebrousse-poil le “je préfère mon frère à mon cousin et mon cousin à mon voisin”. On ne naît pas frère, on le devient, par un acte de fraternisation. Une fraternité est une famille non pas dénaturée, mais « transnaturée ». Ce mot de Fraternité, que certains méprisent parce qu’ils lui trouvent une connotation « religieuse », que d’autres traitent avec condescendance parce qu’il n’est pas de l’ordre de la loi, fait peur en réalité parce qu’il implique une forme de transgression (ex. quand l’armée « fraternise » avec le peuple ) et qu’il résiste à la « stratégie du salami » des puissants, qui est d’empêcher les différentes catégories sociales de se rejoindre dans un même élan fraternel né du rejet de l’atteinte à la liberté ou à l’égalité.

Christiane Taubira, députée de Guyane, animatrice de la première table ronde, a lancé le débat en évoquant la « fraternité fantasmée » dans les lectures de sa jeunesse, ses interrogations sur « les espaces qui font éclore la fraternité » et en citant Aimé Césaire, pour qui « la fraternité, c’est l’altérité ».

Pierre Manent, philosophe du libéralisme, a rappelé qu’en France la pensée libérale du 18e siècle a de fait libéré les hommes de leur condition de sujets. Mais, dit-il, si les penseurs du 18e savaient qu’ils nous libéraient, ils ne savaient pas dans quel but. Ce ne sont pas eux qui ont apporté les concepts qui leurs ont succédé, à savoir la nation et la classe sociale. Mais l’un comme l’autre sont aujourd’hui très affaiblis et on ne sait pas comment les sortir de leur atonie : en effet, le grand projet de produire des fraternités nouvelles a abouti au communisme et ses conséquences dramatiques. On risque donc de produire à nouveau des fraternités dangereuses parce que, pour se constituer, la fraternité a besoin d’ennemis.

Pour Robert Damien, philosophe et historien, la première chose à savoir est que la fraternité est une invention de 1789 qui n’a pas d’auteur. Ou plutôt, c’est le peuple qui en est l’auteur. Elle est hors du cadre conceptuel. C’est l’émergence de quelque chose qui n’est ni la sympathie, ni l’amitié et qui se manifeste lorsque surgit un grave danger. D’où sa dimension proprement politique. Elle est d’ailleurs plutôt contemporaine de la patrie que de la nation. Elle prend source dans la littérature, la poésie car il n’y a pas de fraternité sans lyrisme ; sa matrice de réflexion est celle du catholicisme social de Lamennais et Ozanam ; sa matrice politique est le socialisme de Proudhon et Marx ; sa matrice normative est le droit social qui structure la solidarité laquelle est partie et produit de la fraternité.

De son côté, Jean-Claude Guillebaud, essayiste et journaliste, a souhaité aborder la question de la fraternité sur « un mode offensif », en estimant qu’elle est au cœur de la pensée économique contemporaine. Tout d’abord parce que le vrai atout d’une économie nationale, c’est la cohésion sociale, donc la justice. Ensuite parce qu’au cœur de l’efficacité économique, l’ingrédient trop souvent oublié est la gratuité, c’est-à-dire le « plus » que les gens donnent dans leur travail au-delà de ce qui leur est demandé, exigé voire payé. Enfin, troisième élément aujourd’hui écarté est ce que l’on appelle la « corporate governance » qui a pendant longtemps donné la primauté, dans une entreprise, aux « stakeholders » ou partenaires qui ont un enjeu dans une entreprise, qu’ils soient employeurs ou employé ; aujourd’hui on a donné le pouvoir aux « shareholders » ou actionnaires dont le seul enjeu est le gain.

Enfin, Charles Conte, représentant la Ligue de l’Enseignement, a évoqué la question de la fraternité dans le monde maçonnique. Il a rappelé qu’en Grande Bretagne, où la franc-maçonnerie s’est développée avant la France, les francs-maçons sont connus sous le nom de « Brotherhood » ou Fraternité et que, partout, entre eux ils s’appellent des frères. Une fraternité choisie et vécue comme telle, fondée sur des valeurs communes. Un grand regret toutefois, l’absence des femmes dans les loges franc-maçonnes qui retire une partie de sa dimension à la fraternité.

 

DEBAT AVEC LA SALLE

2e table ronde

Dominique Bertinotti, Maire du 4e, a lancé le débat en évoquant la fraternité dans l’exercice d’un mandat local à partir de deux exemples concrets et quotidiens : l’accompagnement des Sans Domicile fixe et le soutien aux enfants de Sans-papiers. Elle a commencé par différencier la solidarité qui classe les individus en fonction des aides auxquelles ils sont éligibles, et la fraternité qui crée du lien, qui réunit sans tenir compte des positionnements politiques ou des positions sociales. Ainsi, la question des SDF ne peut se résumer à l’absence de toit, et la réponse n’est donc pas uniquement dans la fourniture d’un abri (ce à quoi pourrait se limiter la solidarité sur ce sujet). Il faut voir, plus profondément, la resocialisation des sans-abris, leur re-fraternisation en quelque sorte, leur « reliance » à la société. Traiter le problème des sans-abris, c’est au final avant tout les reconsidérer, les intégrer, leur donner une place dans la société. C’est bien en cela que la fraternité dépasse la notion de solidarité. Dominique Bertinotti a cité à ce propos l’implication dans ce long et difficile travail d’habitants de l’arrondissement qui vont de l’ancien SDF venu soutenir ses anciens camarades de la rue au « trader » qui s’implique parce qu’il donne ainsi un vrai sens à sa vie.

La Maire du 4e a également évoqué la combativité de ceux qui, dans l’arrondissement, bravent les lois d’immigration pour venir en aide aux écoliers de l’arrondissement dont les parents sont sans papiers, malgré le danger que cela représente. Elle a souligné que leur implication va au delà des divergences idéologiques ou religieuses de chacun, dans une volonté commune de s’organiser pour venir en aide à ceux qui subissent l’injustice, surtout les plus vulnérables comme les enfants. Cette fraternité, là encore, transcende les clivages traditionnels dans un commun combat quotidien difficile, long, anonyme…

 

Secrétaire nationale de la CFDT, chargée des questions de société, Anousheh Karvar est revenue sur l’histoire de la CFDT dans ses rapports avec la fraternité : une fraternité liée aux racines chrétiennes de ce qui fut au départ la CFTC (Confédération française des travailleurs chrétiens). Elle a indiqué que le mot de fraternité figurait en effet très fréquemment dans les textes et les débats jusqu’à ce qu’on appelle « l’évolution », c’est-à-dire la transformation de la CFTC en CFDT en 1964. A partir de là, ce mot est remplacé par celui de solidarité jusqu’à une date relativement récente – il correspond à une époque où les luttes sociales et les mouvements politiques allaient de pair. Depuis quelques années, le CFDT revient à l’usage du mot Fraternité en même temps qu’elle se donne une identité détachée de tout lien politique et qu’elle revient à privilégier la négociation tant que la confrontation n’est pas le seul recours qui reste.

Pour Daniel Le Scornet, ancien président de la Fédération des Mutuelles de France, le mouvement mutualiste a été le moyen de concrétiser le partage, donc la Fraternité, qui sous-tend le système social tel qu’il a été conçu au lendemain de la guerre. Malheureusement, ses « grandes sœurs » que sont la politique et le syndicalisme n’ont pas assez protégé la petite dernière qu’était le mouvement mutualiste des aléas de l’idéologie individualiste. Ce mouvement s’affaiblit donc mais tente malgré tout de maintenir les valeurs qui ont été la base de son existence et de sa prospérité.

DEBAT AVEC LA SALLE

La fraternité et le conflit israélo-palestinien : ce thème a été abordé de manière passionnée par Jean Claude Petit, ancien directeur de l’hebdomadaire La Vie. Il est notamment revenu sur ce qu’il a constaté lors de ses fréquents voyages en Israël et en Palestine, dont le dernier remonte à quelques semaines. Il a pointé la “fraternité en miettes”, conséquence de la déliquescence des relations entre les deux peuples et la perte de toute valeur humaine. Après un rapide rappel historique des événements les plus marquants, il a parlé de l’espoir que beaucoup, dont lui-même, avaient ressenti au moment des accords d’Oslo, et notamment la très célèbre poignée de main entre Arafat et Rabin sous l’œil attentif de Clinton, puis la déception incommensurable quand Rabin fut assassiné à Tel Aviv par un juif extrémiste, « un membre de la fratrie qui a détruit la fraternité » et balayé par là même tout le processus et l’espoir de vivre ensemble en paix. Depuis, les différentes tentatives menées par ce que l’on nomme le Quartet (USA, Europe, Russie, ONU) se sont révélées totalement inutiles. Jean-Claude Petit a aussi montré une carte de Israël/Palestine, qui illustre très clairement la multiplication des colonies avec des Palestiniens se retrouvent de plus en plus dans ce qu’ils appellent des bantoustans. En Cisjordanie les palestiniens ne peuvent presque pas se déplacer, ceux qui ont des permis de travail doivent faire preuve de beaucoup patience et d’obstination pour affronter l’humiliation des check-points et le bon vouloir des soldats de Tsahal pour pouvoir se rendre travailler en Israël,  il leur arrive parfois de devoir attendre 5 heures pour pouvoir passer. Et Gaza est totalement isolée et personne ne peut ni sortir ni entrer, de même pour les camion avec le matériel qui doit servir à la reconstruction. Il a terminé en demandant à tous, médias et société civile, d’aider par tous les moyens et plus que nous ne le faisons, les femmes et les hommes, les associations des deux camps qui militent pour la paix, afin que la communauté international prenne enfin les responsabilités qui s’imposent pour arrêter cette dérive humaine et réinstaller de l’humanité et de la fraternité entre les deux peuples.

La fraternité en Afrique : une présentation brillante du philosophe normalien Salim Abdelmadjid qui en a bluffé plus d’un à plus d’un titre. Maniant avec dextérité les concepts de fraternité familiale, fraternité universelle, fraternité de combat, il a permis notamment de balayer les idées reçues selon lesquelles la fraternité serait un sujet occidental. Il a expliqué que les Africains ont aussi élaboré leur concept de fraternité, avec leurs mots à eux, leur propre histoire et leur propre culture en dépassant, après le douloureux processus de décolonisation, le clivage Blanc/Noir. Après avoir parlé de la fraternité des peuples africains (avec l’exemple de l’Union Africaine), il a également traité la question de la fraternité entre l’Europe et l’Afrique, conditionnée à l’expression d’un pardon sur le passé colonialiste, en précisant la différence entre le mot pardon et le mot repentance : le pardon est un acte altruiste qui donne justice à celui qui a subi un tort ; la repentance est faite pour soi, pour se dédouaner et se déculpabiliser. Salim a cité en exemple de cette fraternité basée sur le pardon le cas de l’Afrique du Sud et la commission la “Vérité et Pardon”, à l’initiative de l’évêque Desmond Tutu, qui a permis une certaine réconciliation entre bourreaux et victimes de l’époque de l’apartheid.

Il est revenu à Jean-Pierre Mignard, président de Désirs d’Avenir, de faire l’intervention finale, à laquelle il a donné lui aussi une dimension internationale, voire universelle. Revenant sur la fameuse Controverse de Valladolid qui, en 1550, dut décider si oui ou non les Indiens d’Amérique avaient une âme et qui arriva finalement à la conclusion qu’ils en avaient une, que donc ils étaient nos « frères en Dieu » et que par conséquent on ne pouvait les traiter en esclaves, Jean-Pierre Mignard a souligné que les grands défis qui se posent au monde d’aujourd’hui nécessiteront que nous fassions appel à la fraternité si nous voulons les surmonter. Parmi ces grands défis, celui des pandémies qui exigent une véritable fraternité mondiale pour ne pas laisser des peuples voire des continents à la merci de la maladie, comme c’est le cas avec le sida en Afrique. Celui de l’environnement également, puisque les changements climatiques sont notre problème à tous dans l’espace comme dans le temps.

Ségolène Royal a pris ensuite la parole pour clore les débats. Elle a souligné que ceux qui se moquent de la fraternité, ceux que Régis Debray appelle « les railleurs », auraient bien fait de venir assister aux échanges de la soirée, preuve s’il en fut que les « supporters » savent aussi réfléchir… Elle a également tenu à rappeler à ces « railleurs » qui se sont moqués d’elle parce qu’elle avait revêtu un boubou bleu lors de son voyage au Sénégal, que les femmes qui le lui ont offert portaient tous le même en signe de deuil parce qu’il rappelle le bleu de la mer où leurs fils se sont noyés en tentant de rejoindre l’Europe dans leurs petites embarcations de pêches. En conclusion, Ségolène Royal a rappelé toutes les prochaines rencontres les prochains débats qui se dérouleront d’ici la fin de l’été et dont vous trouverez les détails et les dates sur le blog de DA Paris.

Conclusion

Ce qui était particulièrement intéressant et rassurant, c’est la parfaite concomitance entre l’explicitation théorique des concepts autour de la notion de fraternité et leurs applications pratiques. Les débats ont tous pris cette double dimension : une réflexion sur le fond, tantôt philosophique, tantôt sociologique, doublée d’illustrations très concrètes, parfois locales, parfois très internationales.

Ces débats ont permis de donner du relief à cette valeur qui a suscité tant de moqueries lors de la fête de la fraternité (c’est étonnant de se dire que jamais on ne se serait moqué d’une “fête de l’égalité” ou d’une “fête de la liberté”). Ce n’est pas pour rien que « fraternité » orne les frontispices de nos mairies ! Il s’agit d’une valeur fondamentale, souvent ignorée, et qu’il convient de remettre au centre de notre vie politique. Une valeur qui fait sens, et qui fait écho en ces temps de crise, d’individualisme exacerbé. Howard Dean nous expliquait récemment, toujours à la Mairie du 4e, que la campagne de Barack Obama était centrée sur les valeurs, en particulier le changement (change). Et si fraternité, c’était notre change à nous, cette valeur universelle, que chacun peut s’approprier à sa manière ?

S’il y avait un « enseignement » à tirer de ces débats, c’est que la liberté laissée à elle-même peut devenir individualisme imposé au détriment de la liberté d’autrui, que l’égalité laissée à elle-même peut devenir égalitarisme autoritaire : la fraternité est là pour donner ce supplément d’humanité, pour rappeler que liberté et égalité prennent toute leur dimension dans le respect de l’autre, bref dans l’altérité.

 

Laëtitia de Warren, Fabien Sécherre et Patrizia di Fiore

Désirs d’avenir

avril 30, 2009

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EVENEMENT !

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La fraternité en débat, avec Ségolène Royal, Dominique Bertinotti, Regis Debray, Michelle Perrot et Olivier Ihl, Jean Claude Guillebaud, Christiane Taubira, Daniel Le Scornet, Anousheh Karvar, Robert Damien, Pierre Manent Sandra Laugier, Salim Abdelmadjid, Jean Claude Petit

Conférence débat le mercredi 29 avril 2009 de 18:00 à 22:00 à la salle des fêtes de la mairie du 4è arrondissement de Paris

La parution récente du livre de Régis Debray (”le moment fraternité”, Gallimard, 2009) invite à mettre la “Fraternité en débat”. Ce troisième terme de notre devise nationale, étroitement lié à l’héritage républicain et révolutionnaire français, mais”petite cousine oubliée” selon le mot de Regis Debray, est-elle d’actualité ou à contre-temps? D’où vient-elle, et pour nous emmener où ?

Cette journée d’études, conçue sous forme de dialogues d’universitaires et intellectuels, qui alterneront avec des témoignages d’acteurs engagés dans l’action (élus et syndicalistes) examinera tour à tour la place de la fraternité dans notre histoire politique, sociale et syndicale, sa généalogie intellectuelle, ses enjeux philosophiques, sa pertinence au regard d’autres traditions politiques (africaine et américaine)

Seront présents, outre Ségolène Royal et Dominique Bertinotti : Regis Debray, Michelle Perrot et Olivier Ihl (historiens), Jean Claude Guillebaud (essayiste et journaliste), Christiane Taubira (députée), Daniel Le Scornet (mouvement mutualiste), Anousheh Karvar (CFDT), Robert Damien (philosophe), Pierre Manent (philosophe) Sandra Laugier (philosophe), Salim Abdelmadjid (philosophe), Jean Claude Petit, ancien directeur de l’hebdomadaire La Vie

VENEZ NOMBREUX !

 

avril 27, 2009

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M. Lefebvre ferait bien de se renseigner avant de proposer à Ségolène Royal un soutien psychologique, mais comme on dit en Poitou-Charentes On ne discute pas avec une brouette, on la pousse !

 

Patrizia di Fiore

avril 23, 2009

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Merci, chers amis de votre hospitalité, dont je sais qu’en wolof, elle se dit teranga. Un mot magnifique qui exprime une valeur que, de longue date, les civilisations africaines exaltent.

Dans cette salle qui porte son nom, je pense bien sûr à l’œuvre de Léopold Sedar Senghor, à ce qu’il voulut et fit pour pour son pays.

Je pense aussi, et votre université porte aujourd’hui son nom, à Cheikh Anta Diop.

Je pourrais vous dire que je suis une amie ancienne et fidèle du peuple Sénégalais: mais je vous dirai beaucoup plus : je suis une fille de l’Afrique et une sœur des hommes et des femmes d’ici.

C’est sur votre terre que je suis née, à Ouakam. J’y ai vécu jusqu’à l’âge de deux ans. Je n’en ai pas beaucoup de souvenirs conscients. Mais tout s’est imprimé. Car on garde enfouis en soi les couleurs, les musiques, la chaleur, la lumière, les parfums engrangés dans les premiers jours de sa vie. De cette naissance j’ai toujours ressenti un profond sentiment de fierté. C’est une force d’être une citoyenne du monde et d’avoir toujours le réflexe de regarder ce qui se passe loin de nos frontières et plus loin encore dans l’hémisphère sud.

[…]

Une crise écologique sans précédent menace notre survie. Depuis 2000, le nombre de personnes touchées par des catastrophes naturelles a triplé. D’ici 2040 un milliard de personnes seront contraintes à se déplacer, victimes de la sécheresse, de l’appauvrissement des sols, de la hausse du niveau de la mer. La plupart seront originaires des pays en développement et du continent africain en particulier. Les forêts denses de ce continent sont menacées par la surexploitation des sols et par une agriculture intensive destinée non pas à nourrir les peuples mais aux seules exportations. En 2025, 750 millions de personnes vivront dans des zones désertiques. Aujourd’hui déjà, seule la moitié de la population africaine a accès à l’eau potable.

[…]

Une de ces lueurs est apparue récemment, aux Etats-Unis d’Amérique avec l‘élection de Barack Obama. Au-delà du symbole de cet homme noir, jeune qui accède à la première puissance du monde et redonne une fierté à tous les hommes et femmes de couleur et plus largement, à ceux qui se sentent opprimés, au-delà de ce symbole créateur d’espoir, il y a la politique américaine qui change radicalement.

[…]

Quelqu’un est venu ici vous dire que « l’Homme africain n’est pas entré dans l’Histoire ».

Pardon pour ces paroles humiliantes et qui n’auraient jamais dû être prononcées et qui n’engagent pas la France. Car vous aussi, vous avez fait l’histoire, vous l’avez faite bien avant la colonisation, vous l’avez faite pendant, et vous la faites depuis.

Et ce que Léopold Sedar Senghor et Aimé Césaire ont magistralement accompli avec le concept « négritude » , vous l’avez poursuivi avec le mot « Afrique », cet étendard d’une dignité reconquise.”

Lire l’intégralité du discours de Ségolène Royal à Dakar

avril 7, 2009

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