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Survol de la presse de cette semaine (7mars – 13 mars) par Laetitia de Warren

Ces diables de sondages !

Cri du cœur collectif poussé dimanche 7 mars par la rédaction de Médiapart à une semaine du  premier tour des élections régionales…[1] Un cri qui, à première vue, n’a pas été très écouté par la presse nationale et régionale : elle  passe son temps cette semaine à lancer et commenter des résultats de sondages qui donnent, globalement, la gauche gagnante – en tout cas au deuxième tour. Or, ce que les sondeurs ne peuvent mesurer, c’est « la défiance, le désarroi, le doute » souligne Médiapart, qui se demande si les Français ont encore foi dans l’action publique, citant à l’appui de son interrogation…un sondage, celui de TNS-Sofres selon lequel « seuls 49% des sondés disent s’intéresser à la campagne actuelle ». Et le journal en ligne d’Edwy Plénel d’ajouter un deuxième bémol à la sondagite ambiante : ne pas oublier qu’il s’agit d’un scrutin régional d’où il est difficile de tirer une morale nationale.

Dans la foulée, Médiapart fait suivre ces remarques d’un « vade-mecum » de la situation région par région, avec une brève analyse des forces politiques en présence en ces veilles d’élection et un rappel des résultats des élections depuis la présidentielle de 2002.

En réalité, on s’aperçoit au fil des jours, que si Médiapart a ouvert le bal en matière de réflexion un peu moins…primaire, il n’a pas dansé tout seul… Dès le lundi 8 mars C dans l’air [2] sur la Cinq propose  un débat sur la question « Régionales : les jeux sont faits ? » dans lequel les différents participants sont d’accord pour souligner que la clef de l’élection sera la participation, davantage encore que les résultats. A tel point que le taux de participation pourrait bien affecter le résultat des élections. C’est en tout cas ce qui ressort de l’article que publie mercredi le Parisien[3] sur la base – évidemment ! – d’un sondage Ifop. Selon ce sondage, seuls 53% des électeurs/trices sont tout à fait certains d’aller voter au premier tour. Plus significatif encore, seuls 28% des 18-24 ans prévoient d’aller voter contre 71% des plus de 65 ans et d’autre part 66% des cadres supérieurs comptent voter contre 33% des employés. Pas besoin d’être politologue confirmé pour en déduire que ce genre de déséquilibre est fondamentalement défavorable à la gauche !

Région… vous avez dit région ?

Les choses ne s’arrangent pas en fin de semaine. La désaffection des Français pour le vote en général et le vote aux régionales en particulier devient objet d’analyses et de commentaires un peu partout dans la presse quotidienne et hebdomadaire. Dans 20 Minutes[1], Gaël Slimane, de l’Institut BVA, estime que le grand problème de cette élection précise est qu’il « n’y a pas de clivage politique de fond…les thèmes de campagne se ressemblent et le goût de la polémique les rassemble ». Or, d’après lui, moins de 15% des français se sont intéressés à l’affaire de Georges Frèche ou d’Ali Soumaré… Bon, c’est lui qui le dit !

Pour savoir « pourquoi ils n’iront pas voter », le Monde Magazine a envoyé ses reporters à Auxerre, considérée comme ville « qui vote peu ou prou comme la France ». Aucun des habitants qui s’y expriment n’a l’impression d’être un « mauvais citoyen » en n’allant pas voter – simplement ils considèrent pour la plupart qu’ils font davantage pour leur pays en s’impliquant autrement, par exemple dans le travail associatif. Ils sont prêts, comme dit l’un d’eux « à prendre un fusil » pour défendre leur pays mais « si la Grèce est en faillite et la France est endettée, croyez-vous que ce soit en votant que vous changerez quoi que ce soit ? ». « Je ne supporte plus, dit une autre, l’impunité dont jouissent les ministres. Vous, lorsque vous avez un problème, on vous fait payer ». Ce qui ressort de l’ensemble des interviews, est que les Français ne vont pas voter par indifférence pour le vote régional mais par une forme de découragement et de ressentiment beaucoup plus profonde et plus générale. Même l’unique intervenant qui a décidé de retourner voter ne sait pas pour qui et résume la situation par cette précision significative : « J’attends qu’ils m’envoient leur pub (sic) pour me décider ».

Et pourtant, la presse s’est donné du mal cette semaine pour expliquer les tenants et les aboutissants de l’action des Conseils régionaux. Les chaînes de télévision y sont toutes allées de leurs reportages, interviews et graphiques pour illustrer les différents domaines de compétences des régions, leurs budgets, leurs dépenses – ce qui a donné aux téléspectateurs l’occasion de voir et revoir des images d’un certain Lycée Kyoto de Poitiers… dommage que ces images aient rarement été accompagnées d’une phrase permettant de l’identifier ! Le Nouvel Observateur s’est fendu d’un long article très fourni et précis sur « où va l’argent de votre région ». Sylvain Courage et Nicole Pénicaut y développement notamment le problème des financements imposés par l’Etat auxquelles les régions ont du faire face (ex. transfert des TOS).

Médiapart – encore !- se distingue cette semaine en choisissant de se concentrer sur une région – le Poitou-Charentes. Ou, plus précisément, à la présidente, car les trois longs articles de Stéphane Alliès tournent tous autour de la personne de Ségolène Royal, « l’hyper-présidente », de sa façon de gérer la région qualifiée de « gestion commando », de la façon dont la voient ses partenaires et ses adversaires politiques, mais aussi de la façon dont elle applique les différents volets de la démocratie participative. Des articles sans concession mais sans parti pris qui méritent réellement une lecture attentive – il y manque l’interview de Ségolène Royal que souhaitait Alliès mais l’intervention dramatique de Xynthia sur les côtes charentaises a, bien entendu, donné la priorité à d’autres considérations. Sans qu’Alliès puisse déterminer si elle la lui aurait accordée en tout état de cause…

Quand la presse donne dans le…primaires

La presse régionale, écrite ou audiovisuelle, a eu, depuis le début de l’année, l’occasion de rencontrer, suivre et interviewer (notamment France 3) Ségolène Royal. Cela ne l’empêche pas de se sentir frustrée, entre autres par le manque d’échanges « corsés » entre Ségolène Royal et Dominique Bussereau. La Nouvelle République du Centre[1] s’est même penchée sur les différents sites et blogs de la campagne où elle constate « un phénomène étrange : rien ne se passe » et affirme que « si c’est atone sur le Web, c’est aussi parce que ça l’est dans la vraie vie ». Ce que Sud Ouest[2] qualifie de « campagne soft ».  La NR en est donc réduite à faire des comptes d’apothicaire : quand on recherche Ségolène Royal sur Google, on obtient plus de deux millions de résultats, paraît-il. Comme si ce genre de constatation constituait une information inattendue…

La Charente Libre[3] termine la semaine sur le meeting de Poitiers en mettant en exergue l’aspect « national » du discours de Ségolène Royal, qui demande aux électeurs de ne pas bouder les urnes et de rendre « un vote sanction contre le système Sarkozy ». Voilà qui nous amène, inévitablement, à la réelle préoccupation des médias : que va-t-il se passer après les régionales ? Vendredi, C dans l’air s’intéresse aux enjeux futurs en prenant comme thème … « Sarko après les régionales » – grosse allusion à l’interview de Nicolas Sarkozy dans le Figaro Magazine[4]. Ce qui n’empêche pas le débat de porter notamment sur l’avance annoncée du « bloc des gauches » qui, disent les intervenants, peut avoir un effet sur la suite des évènements politiques (comprendre : la présidentielle).

Marianne2 [5] n’a pas attendu la fin de semaine (date de publication oblige) pour nous gratifier d’un long article sur « Fabius, Royal, Aubry : la tête dans le guidon…des primaires ». Un article parmi une vraie pléthore de textes plus ou

moins similaires à travers la presse. Les déclarations de Jean-Louis Bianco sur la nécessité de tenir les primaires dès cette année sont reprises et commentées mais ce qui intrigue les journalistes, c’est la forme et les objectifs de ces primaires : « Les primaires devaient permettre une large et véritable consultation du peuple de gauche : du côté de Solférino, on semble surtout vouloir faire de ce moment un plébiscite sinon rien » affirme  Gérald Andrieu dans Marianne2. Nous voilà prévenus – comme si nous ne le savions pas !

Peut être Solférino en arrivera-t-il, pour contrer le « danger » Ségolène Royal et noyer le poisson, à faire comme les Démocrates américains dans l’Etat de l’Illinois, où doit se tenir l’élection d’un nouveau gouverneur général : ils viennent de lancer un appel à candidats sur internet en précisant bien que « quiconque peut poser sa candidature ». D’après le New York Times[1], on compte déjà dans la liste d’impétrants : un policier, un professeur, un maçon, un violoniste, un vendeur de postes de télévision… et la fille du chanteur Paul Simon. Comme quoi, dans l’Etat de Barack Obama, « Yes they can » ! All of them !

Laetitia de Warren

[1] www.mediapart.fr « Régionales, vade-mecum »

[1] www.france5.fr Rubrique « C dans l’air » – Archives

[1] www.leparisien.fr/elections-regionales Article du 10 mars

[1] http://www.20minutes.fr/article/ 390632/Politique Article du 13 mars

[1] www.lanouvellerepublique.fr 10 mars

[1] www.sudouest.com/charente-maritime/actualité/article893238 12 mars

[1] www.charentelibre.com/article=314230&sequence 12 mars

[1] www.lefigaro/lefigaromagazine/ 12 mars

[1] www.marianne2.fr 08 mars

[1] www.nytimes.com 10 mars

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Lundi 5 octobre, à peine revenu des Etats-Unis, Bernard-Henri Levy a animé une passionnante université populaire participative de Désirs d’Avenir au côté de Ségolène Royal

Desirs d’Avenir est un laboratoire d’idées, une association carrefour et un réseau social, qui rassemble toutes celles et ceux qui veulent réfléchir et agir pour un nouveau modèle de civilisation et d’humanité.

Bravo aux plus de 2 millions de citoyens qui sont venus voter pour le service public de la poste.

Notre ambition c’est l’éducation populaire qui donne à chacun les outils et les connaissances pour comprendre le monde et donc pour agir sur lui. Et ne pas se laisser déposséder du pouvoir de maîtriser sa vie.

C’est pourquoi nous avons créé l’Université populaire participative de Désirs d’Avenir.

Elle est populaire parce que gratuite et accessible à tous et retransmise sur le site. Ceux qui sont loin peuvent en profiter.

Elle est participative car chaque rencontre est précédée de questions et de débats sur internet où dans les comités locaux – 600 comités locaux structurent Désirs d’Avenir – et elle est suivie de débats, d’écrits, dans les mêmes conditions.

Ce soir c’est une université spéciale notre grand témoin est Bernard-Henri Lévy et nous sommes particulièrement honorés de vous avoir. J’ai au moins trois bonnes raisons de me réjouir de la présence de Bernard-Henri Lévy, ici, ce soir, avec nous.

La première raison c’est l’intellectuel, et le philosophe, qu’il est. Nous ne sommes, évidemment, pas toujours d’accord sur tout. Mais de la « Barbarie à visage humain » en 1977 à son « Siècle de Sartre » en 2000 ou à son « Grand Cadavre à la renverse » il y a deux ans, il a fini par s’imposer comme l’un des tout premiers dans son ordre. Il interpelle la gauche. Il l’oblige à réfléchir et à se remettre en question. Et il le fait en prenant, lui-même, des risques philosophiques et politiques réels.

Je respecte cela.

De même que je respecte les autres risques qu’il prend. Les vrais. Les physiques. Ceux auxquels il s’expose quand il va enquêter au Pakistan sur la mort de Daniel Pearl ou quand il fait, pour le journal Le Monde, le tour des guerres oubliées d’Afrique. Combien sont-ils à prendre ces risques-là ? Combien sont-ils à se mettre, tout entiers, dans les combats qu’ils mènent ?Un intellectuel qui pense debout, un écrivain qui n’a pas froid aux yeux, cela me plait.

La seconde raison c’est la connaissance qu’il a de l’Amérique. Il y vit une partie de son temps. Il y tient, grâce, en particulier, à ses chroniques dans le New-York Times, d’un poste d’observation privilégié. Et il est surtout l’un des tout premiers, sinon le tout premier, à avoir publiquement annoncé, la victoire de Barack Obama. J’ai relu, avant de venir, l’article qu’il a donné, fin 2004, c’est-à-dire quatre ans avant la victoire, au magazine Atlantic Monthly. Nous en avons la preuve puisqu’il a repris cet article, quelques mois plus tard, dans son livre American Vertigo. Et, là aussi, que voulez-vous que je vous dise ? On est en 2004, donc. Ce texte s’appelle « Un Clinton noir ». Et, à une époque où personne, ni en France ni même aux Etats-Unis, n’est prêt à parier un kopeck sur cet inconnu qu’est alors Barack Obama, lui, Bernard-Henri Lévy, explique comment et pourquoi l’inconnu en question remportera l’élection. Salut l’artiste ! Chapeau la prédiction ! Et merci d’être venu, ce soir, nous donner votre analyse de l’état de la société américaine et de l’état de santé de la présidence Obama un an, ou presque, après ses débuts.

Et puis ma troisième raison est plus personnelle. Et, puisque nous sommes entre nous, vous me permettrez de vous en dire un mot – sans ambages et sans fards. BHL est de ceux qui, pendant la campagne, m’ont défendue avec ardeur et loyauté. Et il est de ceux qui, depuis la campagne, alors que quelques autres, ont discrètement pris leurs distances, ont choisi de rester fidèles. C’est précieux la fidélité, comme la vôtre à tous ici présents. Ce n’est pas si fréquent, le désintéressement comme le vôtre à vous tous ici présents. Et on ne peut pas s’empêcher, dans les moments où c’est plus dur, de compter les vrais amis. Eh bien en voici un. Voici un homme sur qui je sais que je peux compter et dont je sais que l’amitié n’est pas indexée sur les humeurs de l’opinion et les sondages. Merci, Bernard-Henri Lévy. Merci d’être vous-même et merci, une fois encore, d’être des nôtres aujourd’hui – alors que vous arrivez, justement, tout juste des Etats-Unis. L’avion est arrivé à 14 heures. Merci de ne pas l’avoir raté.

Je voudrais enfin, avant de lui laisser la parole, vous donner lecture de deux très courts textes consacrés à notre invité de ce soir.

Le premier est de François Mitterand et le second est de celle qui est devant vous. Le premier est signé de François Mitterrand, il est extrait de L’Abeille et l’architecte ; et date de 1977. « J’ai connu Bernard-Henri Lévy alors qu’il venait d’entrer à Normale supérieure. Je me flatte d’avoir pressenti en ce jeune homme grave le grand écrivain qu’il sera.  Un danger le guette : la mode. Mais la souffrance, amie des forts, le sauvera. Tout l’y prépare. Je ne m’inquiète pas de ce goût de plaire qui l’habite et l’entraîne aujourd’hui hors de son territoire. Quand il s’apercevra qu’il possède en lui-même ce qu’il cherche il reviendra à sa rencontre. Le voudrait-il qu’il n’échapperait pas au feu qui le brûle. Il a déjà dans le regard, de dandy, de la cendre. Peut-être me trompé-je, peut-être cédera-t-il aux séductions du siècle au-delà du temps qu’il faut leur accorder. J’en serais triste. Mais j’accepte qu’il dépense encore beaucoup d’orgueil avant de l’appeler vanité. J’ai apporté de France avec moi La Barbarie à visage humain que j’annote pour mes chroniques. C’est, à l’image de son auteur, un livre superbe et naïf. Superbe par le verbe, le rythme intérieur, l’amère certitude qu’il n’est qu’incertitude. Naïf par l’objet de sa quête, qui le fuit dès qu’il en approche. N’empêche, le mouvement dialectique monte haut. Bernard-Henri Lévy, caressé, adulé, propulsé, trituré par les média, adieu sourire de connivence, geste ailé d’une main amie, adieu langage à demi-mot ? Non, au revoir. » François Mitterrand.

Et voici le second. C’est l’extrait de « Ma plus belle histoire, c’est vous » et date de l’année dernière. « J’ai reçu l’appui infiniment précieux d’un philosophe français réputé pourtant lointain de ce que je pouvais représenter. Au début sceptique, il s’est révélé d’une solidité et d’une fidélité à toute épreuve pendant la campagne – et, ce qui est plus rare, après [… ] Nous nous retrouvions dans un café, non loin de mon antenne de campagne, souvent à l’occasion du bouclage des grands discours, ou alors la veille ou le lendemain des grandes émissions. […] Le talent, la gaieté, l’intelligence, la gagne, étaient communicatifs et parfois, lorsque la fatigue déformait mes traits et qu’il me répétait des compliments que je ne répéterais pas ici. C’était exagéré. Mais cela me faisait rire et, je l’avoue, ne pouvait pas me faire de mal […] Sur la mondialisation, sur la Russie, sur les libertés, sur les génocides, je retrouvais toutes ses analyses, si aiguës et si actuelles, de la Barbarie à visage humain. »

Ségolène Royal

les vidéos :

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Ce samedi, le 4 avril 2009, avait lieu une rencontre avec Howard Dean, ancien président du Parti Démocrate américain, organisée par Terra Nova dans le 4e arrondissement, sur invitation de Dominique Bertinotti. L’occasion de tirer des enseignements des réussites de la campagne américaine, et de voir dans quelle mesure celles-ci peuvent s’appliquer au modèle politique français, en particulier au Parti Socialiste.

Etaient présents, outre M. Dean, Delphine Batho et Arnaud Montebourg, députés et rapporteurs de la mission du Parti Socialiste sur la campagne américaine, Olivier Ferrand, Président de la fondation Terra Nova, et Dominique Bertinotti, Maire du 4e arrondissement et responsable de la mise en place des Universités Participatives de la Connaissance.

Voici quelques uns des enseignements qu’on pouvait notamment tirer :

 

Se recentrer sur les valeurs, moins sur la technique. Etre solide sur ces valeurs

La campagne Obama s’est faite autour d’un thème très générique, sur lequel tout le monde peut se retrouver : le changement, avec le célèbre « Change! ». Howard Dean nous explique ainsi qu’en se recentrant sur des valeurs, celles qui font écho auprès des populations ciblées, Obama adressait une plus large partie de la population, bien plus large que lors d’une compagne axée plus sur des mesures techniques. Il faut donc trouver les valeurs qui « parlent » aux populations que l’on souhaite cibler, et rattacher chaque proposition à des valeurs. Howard Dean prend l’exemple du mariage pour les couples du même sexe, abordé sous l’angle de la valeur d’égalité entre tous les citoyens.

Tout un travail sur les valeurs doit donc être effectué, afin d’offrir une meilleur lisibilité à la campagne, une simplicité, et une facilité d’appropriation. Au lieu de fractionner le message selon les populations ciblées, l’idée est donc de se centrer sur des valeurs universelles déclinables sur tous les terrains. Au final, tout le monde aux Etats-Unis était pour le changement, même si surement aucun américain n’avait le même exemple du changement en tête.

 

Favoriser l’appropriation, ou « empowerment »

C’est justement cette simplicité qui facilite l’empowerment, cette notion qu’Howard Dean défini comme la « clé de la réussite. Il s’agit de rendre les électeurs acteurs du changement. Ainsi, Obama disait : «Je vous demande de croire. Non pas seulement en ma capacité d’apporter un véritable changement à Washington. Je vous demande de croire en votre propre capacité ». La réussite du parti démocrate, c’est d’avoir su déléguer le pouvoir de représentation à chacun des militants, en leur confiant une grande liberté sur l’adaptation des messages.

La campagne s’est donc gagnée sur le terrain, car enfin le parti démocrate devenait supérieur au parti républicain en termes d’organisation décentralisée. Chaque militant devenant porteur à sa manière du message, il était plus facile de s’adresser à son voisin, à ses amis, à ses pairs. C’est donc une véritable campagne virale qui a été menée. Elle nécessite cependant, comme le souligne Terra Nova dans son rapport, un changement de mentalité politique fondamental : faire confiance à ses militants.

 

Renverser la logique du militantisme

Pour que la technique de l’empowerment soit efficace, il faut une masse critique de militants, dont ne bénéficie pas aujourd’hui le Parti Socialiste. Pour parvenir à démultiplier le nombre de militants, il ne faut pas attendre qu’ils viennent vers nous, mais plutôt aller les trouver où ils sont. Et notamment sur Internet, les réseaux sociaux et communautaires. La clé, c’est donc d’abaisser au maximum les barrières à l’entrée, de décentraliser le fonctionnement du parti, de multiplier les formes de militantisme, d’aller vers les citoyens pour en faire des militants.

En France, où le militant est souvent vu comme une machine à distribuer des tracts, c’est bien la marque qu’a commencé à imprimer Ségolène Royal avec sa campagne participative, même si les outils rodés (plateforme Désirs d’Avenir, débats participatifs, utilisation des réseaux sociaux) n’étaient sans doutes pas aussi perfectionnés que ceux de la campagne Obama.

A été abordée également la question des primaires ouvertes, telles qu’elles ont lieu aux Etats-Unis mais aussi en Italie par exemple, et qui permettent très tôt dans la campagne de mobiliser un grand nombre de sympathisants appelés à se prononcer sur le choix de leur candidat. Ceci plaide pour une importation de ces primaires en France, même si traditionnellement dans notre pays c’est le premier tour des présidentielles qui joue ce rôle. Responsabiliser les militants, c’est donc leur donner un vrai pouvoir, mais aussi un vrai choix sur des personnes et des programmes.

On pourrait s’en inspirer au sein du Parti Socialiste, en cessant de nous appeler à ratifier un programme unique (par exemple pour le programme présidentiel) ou une liste unique (par exemple pour les Européennes), et en nous donnant un vrai pouvoir de choix, de vraies alternatives, comme ce qui avait été initié sur les candidats aux présidentielles.

La stratégie des 50 Etats

Enfin, Howard Dean a pu insister sur la stratégie mise en place, dite des 50 Etats, selon laquelle il ne faut pas s’adresser uniquement aux « swing-states » mais aussi aux Etats réputés acquis à un camp ou à l’autre. En effet, ceci permet de ne pas laisser de côté les démocrates résidant dans un Etat « gagné » ou « perdu » d’avance, et donc de mobiliser l’ensemble des démocrates de tous les Etats. C’est ainsi que les démocrates ont pu remporter des victoires dans des Etats comme la Floride, ou regagner du terrain dans des petites villes du Texas par exemple.

Les échanges nombreux avec la salle ont permis de montrer que l’exemple de la campagne américaine n’était pas sans rappeler certaines des méthodes mises en avant dans la campagne de Ségolène Royal : démocratie participative (proche de l’empowerment américain), utilisation des outils Internet (notamment, les réseaux sociaux), réappropriation de valeurs souvent laissées à la droite (sécurité, entreprises). Howard Dean nous a donné un conseil majeur : faire l’actualité, orienter le débat vers nos valeurs, amener le camp adverse à réagir par rapport à nos propositions, et non l’inverse.

Espérons que cette visite, et sa rencontre avec Jean Christophe Cambadelis, donnera des idées de rénovation et de modernisation à la direction du Parti Socialiste : décentralisation du parti avec une place centrale pour le militant, organisation de primaires ouvertes, levée de tous les freins au militantisme, promotion de nouvelles formes de militantisme, notamment grâce aux outils sociaux et communautaires d’Internet.

avril 6, 2009 

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