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Posts Tagged ‘Howard Dean’

Ce samedi, le 4 avril 2009, avait lieu une rencontre avec Howard Dean, ancien président du Parti Démocrate américain, organisée par Terra Nova dans le 4e arrondissement, sur invitation de Dominique Bertinotti. L’occasion de tirer des enseignements des réussites de la campagne américaine, et de voir dans quelle mesure celles-ci peuvent s’appliquer au modèle politique français, en particulier au Parti Socialiste.

Etaient présents, outre M. Dean, Delphine Batho et Arnaud Montebourg, députés et rapporteurs de la mission du Parti Socialiste sur la campagne américaine, Olivier Ferrand, Président de la fondation Terra Nova, et Dominique Bertinotti, Maire du 4e arrondissement et responsable de la mise en place des Universités Participatives de la Connaissance.

Voici quelques uns des enseignements qu’on pouvait notamment tirer :

 

Se recentrer sur les valeurs, moins sur la technique. Etre solide sur ces valeurs

La campagne Obama s’est faite autour d’un thème très générique, sur lequel tout le monde peut se retrouver : le changement, avec le célèbre « Change! ». Howard Dean nous explique ainsi qu’en se recentrant sur des valeurs, celles qui font écho auprès des populations ciblées, Obama adressait une plus large partie de la population, bien plus large que lors d’une compagne axée plus sur des mesures techniques. Il faut donc trouver les valeurs qui « parlent » aux populations que l’on souhaite cibler, et rattacher chaque proposition à des valeurs. Howard Dean prend l’exemple du mariage pour les couples du même sexe, abordé sous l’angle de la valeur d’égalité entre tous les citoyens.

Tout un travail sur les valeurs doit donc être effectué, afin d’offrir une meilleur lisibilité à la campagne, une simplicité, et une facilité d’appropriation. Au lieu de fractionner le message selon les populations ciblées, l’idée est donc de se centrer sur des valeurs universelles déclinables sur tous les terrains. Au final, tout le monde aux Etats-Unis était pour le changement, même si surement aucun américain n’avait le même exemple du changement en tête.

 

Favoriser l’appropriation, ou « empowerment »

C’est justement cette simplicité qui facilite l’empowerment, cette notion qu’Howard Dean défini comme la « clé de la réussite. Il s’agit de rendre les électeurs acteurs du changement. Ainsi, Obama disait : «Je vous demande de croire. Non pas seulement en ma capacité d’apporter un véritable changement à Washington. Je vous demande de croire en votre propre capacité ». La réussite du parti démocrate, c’est d’avoir su déléguer le pouvoir de représentation à chacun des militants, en leur confiant une grande liberté sur l’adaptation des messages.

La campagne s’est donc gagnée sur le terrain, car enfin le parti démocrate devenait supérieur au parti républicain en termes d’organisation décentralisée. Chaque militant devenant porteur à sa manière du message, il était plus facile de s’adresser à son voisin, à ses amis, à ses pairs. C’est donc une véritable campagne virale qui a été menée. Elle nécessite cependant, comme le souligne Terra Nova dans son rapport, un changement de mentalité politique fondamental : faire confiance à ses militants.

 

Renverser la logique du militantisme

Pour que la technique de l’empowerment soit efficace, il faut une masse critique de militants, dont ne bénéficie pas aujourd’hui le Parti Socialiste. Pour parvenir à démultiplier le nombre de militants, il ne faut pas attendre qu’ils viennent vers nous, mais plutôt aller les trouver où ils sont. Et notamment sur Internet, les réseaux sociaux et communautaires. La clé, c’est donc d’abaisser au maximum les barrières à l’entrée, de décentraliser le fonctionnement du parti, de multiplier les formes de militantisme, d’aller vers les citoyens pour en faire des militants.

En France, où le militant est souvent vu comme une machine à distribuer des tracts, c’est bien la marque qu’a commencé à imprimer Ségolène Royal avec sa campagne participative, même si les outils rodés (plateforme Désirs d’Avenir, débats participatifs, utilisation des réseaux sociaux) n’étaient sans doutes pas aussi perfectionnés que ceux de la campagne Obama.

A été abordée également la question des primaires ouvertes, telles qu’elles ont lieu aux Etats-Unis mais aussi en Italie par exemple, et qui permettent très tôt dans la campagne de mobiliser un grand nombre de sympathisants appelés à se prononcer sur le choix de leur candidat. Ceci plaide pour une importation de ces primaires en France, même si traditionnellement dans notre pays c’est le premier tour des présidentielles qui joue ce rôle. Responsabiliser les militants, c’est donc leur donner un vrai pouvoir, mais aussi un vrai choix sur des personnes et des programmes.

On pourrait s’en inspirer au sein du Parti Socialiste, en cessant de nous appeler à ratifier un programme unique (par exemple pour le programme présidentiel) ou une liste unique (par exemple pour les Européennes), et en nous donnant un vrai pouvoir de choix, de vraies alternatives, comme ce qui avait été initié sur les candidats aux présidentielles.

La stratégie des 50 Etats

Enfin, Howard Dean a pu insister sur la stratégie mise en place, dite des 50 Etats, selon laquelle il ne faut pas s’adresser uniquement aux « swing-states » mais aussi aux Etats réputés acquis à un camp ou à l’autre. En effet, ceci permet de ne pas laisser de côté les démocrates résidant dans un Etat « gagné » ou « perdu » d’avance, et donc de mobiliser l’ensemble des démocrates de tous les Etats. C’est ainsi que les démocrates ont pu remporter des victoires dans des Etats comme la Floride, ou regagner du terrain dans des petites villes du Texas par exemple.

Les échanges nombreux avec la salle ont permis de montrer que l’exemple de la campagne américaine n’était pas sans rappeler certaines des méthodes mises en avant dans la campagne de Ségolène Royal : démocratie participative (proche de l’empowerment américain), utilisation des outils Internet (notamment, les réseaux sociaux), réappropriation de valeurs souvent laissées à la droite (sécurité, entreprises). Howard Dean nous a donné un conseil majeur : faire l’actualité, orienter le débat vers nos valeurs, amener le camp adverse à réagir par rapport à nos propositions, et non l’inverse.

Espérons que cette visite, et sa rencontre avec Jean Christophe Cambadelis, donnera des idées de rénovation et de modernisation à la direction du Parti Socialiste : décentralisation du parti avec une place centrale pour le militant, organisation de primaires ouvertes, levée de tous les freins au militantisme, promotion de nouvelles formes de militantisme, notamment grâce aux outils sociaux et communautaires d’Internet.

avril 6, 2009 

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